Petite enfance

Petite enfance : « La commercialisation est allée à une vitesse rarement vue ailleurs »

Alors que le scandale des crèches a secoué le secteur en France, Michel Vandenbroeck analyse vingt ans de marchandisation en Europe dans son ouvrage « Être parent dans notre monde néolibéral ».

Publié le 11 Mar 2024

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Dernière mise à jour le  11 Mar 2024  à  17h35.

Michel Vandenbroeck, professeur associé en pédagogie de la famille à l’université de Gand (Belgique), publie « Être parent dans un monde néolibéral », février 2024. Crédit : ed. Erès
Michel Vandenbroeck, professeur associé en pédagogie de la famille à l’université de Gand (Belgique), publie « Être parent dans un monde néolibéral », février 2024. Crédit : ed. Erès

Depuis vingt ans, la marchandisation de la petite enfance gagne du terrain en Europe. Michel Vandenbroeck, professeur associé en pédagogie de la famille à l’université de Gand (Belgique), publie « Être parent dans notre monde néolibéral » (ed. Érès, 1er février). Il y analyse ce phénomène qui fait des enfants « un capital à rentabiliser » et qui considère les parents comme « des consommateurs » soumis aux « jeux olympiques du développement ». En Europe, les situations divergent mais il dresse ce constat : « La raison d’investir dans la petite enfance n’est plus tellement un argumentaire social, humaniste, un argumentaire de valeurs démocratiques ou de solidarité mais de rendement économique », constate-t-il.

Dans une partie dédiée aux crèches, il s’arrête sur les modèles scandinaves, britannique ou français. En Angleterre, les crèches sont encore « le parent pauvre » alors qu’en Suède, les structures d’accueil ont rapidement été reconnues « comme un droit pour chaque enfant et chaque famille ». L’auteur revient sur la situation en France – où une commission d’enquête parlementaire est en cours – et en Belgique frappées par des scandales sur les maltraitances en crèche, survenues dans les deux cas après la mort d’un bébé en 2022.

« La France a toujours été vue de l’extérieur comme un bastion contre la commercialisation, alors que la commercialisation est allée à une vitesse rarement vue ailleurs, souligne  Michel Vandenbroeck, interviewé suite à notre enquête « Le business des crèches ». Cette privatisation est allée de pair avec une détérioration des conditions de travail et de la qualité ».  Il faut savoir qu’une place en crèche n’est pas encore « un droit acquis » en France, ni au Luxembourg ou en Slovaquie. À l’inverse du modèle suédois ou danois, où les parents ont droit à une place dans les quatre mois qui suivent leur demande,  sous l’égide du pouvoir local et grâce aux fonds publics nationaux.

À titre d’exemple, les Pays-Bas ont fortement investi dans les crèches, avec une réglementation stricte, un contrôle des formations et de meilleures conditions de travail – seulement trois bébés à la charge d’un adulte au lieu de six enfants d’âges mélangés pour un adulte en France.

Dans cette période charnière, Michel Vandenbroeck fait un plaidoyer pour une responsabilité partagée entre le domaine public et le foyer familial. Et pour que les crèches ne soient plus vues « comme un mal nécessaire mais comme un lieu éducatif ».

Daphné Gastaldi


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