Petite enfance

La gestion des crèches est désormais « un sujet politique majeur »

Mathieu Périsse a coécrit le « Prix du Berceau » avec notre journaliste Daphné Gastaldi. Ce livre d’enquête sur les dérives de la gestion des crèches privées se poursuit sur scène le 14 décembre.

5 Déc 2023
Mathieu Périsse est le co-auteur de l'ouvrage "Le prix du berceau" où les crèches privées sont décrites comme des "usines" à bébés. Crédit : Manon Jalibert
Mathieu Périsse est le co-auteur de l'ouvrage "Le prix du berceau" où les crèches privées sont décrites comme des "usines" à bébés. Crédit : Manon Jalibert

L’ouvrage le « Prix du Berceau », publié en septembre, décrit les dérives de la marchandisation de la petite enfance. Documenté, s’appuyant sur des témoignages percutants, Mathieu Périsse et Daphné Gastaldi racontent avec minutie les défaillances des crèches privées. Alors que la journaliste de Mediavivant poursuit l’enquête sur scène avec « Le business des crèches », le 14 décembre, Mathieu Périsse revient sur l’impact du livre.

Quelle a été la réaction des groupes de crèches mis en cause par votre enquête  ?

S’ils ont reconnu des dysfonctionnements, pour eux cela ne relève pas d’un problème de gestion. Ils renvoient vers les défaillances des crèches publiques [comme le manque de personnel, ndlr]. Mais pour nous, ce ne sont ni les mêmes problèmes ni la même fréquence. Concernant leur bonne volonté affichée, à travers par exemple l’installation de dispositifs d’alerte, ce ne sont pour l’instant que des annonces.

Il y a également eu une prise en main politique de la gestion des crèches. Qu’est-ce qui a changé depuis la publication du Prix du berceau ?

Avec la sortie d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) au printemps dernier, il y avait déjà eu une réaction politique. Des enveloppes financières complémentaires avaient alors été votées pour augmenter les salaires et améliorer les conditions de travail des employés, ce qui est central. Mais la grande nouveauté a été l’annonce de la création d’un service public de la petite enfance par le gouvernement. S’il n’a de public que le nom, puisque les crèches privées en seront parties prenantes, il permet de redéfinir les rôles de chacun, notamment des communes, en matière de petite enfance. À l’initiative de La France Insoumise, certains parlementaires réclament aussi des taux d’encadrement d’un adulte pour 3 ou 4 enfants, contre 5 ou 8 aujourd’hui, selon les âges. Le ministère des Solidarités et des Familles planche également sur un nouveau mode de financement public des crèches, qui pousse aujourd’hui au remplissage. Pendant 15 ans, il n’y a pas eu de prise en main politique des crèches, mais maintenant c’est un sujet politique majeur.

Qu’est-ce qui a déclenché votre enquête sur les crèches privées ?

Il y a d’abord un fait divers, la mort d’une enfant dans une micro-crèche de l’entreprise People & Baby à Lyon, en juin 2022. Une employée a fait ingérer de force un produit ménager toxique à la fillette, sous le coup de la colère ou pour une autre raison [le procès n’a pas encore eu lieu, ndlr]. Cet événement a été un déclic pour toute la profession, la parole s’est libérée. Avec Mediacités Lyon, avec qui je collabore, nous avons décidé de lancer un appel à témoignages. Nous avons eu 130 réponses en quelques jours.

L’enquête se base sur des documents internes des principales entreprises du secteur, mais également sur de nombreux témoignages, dont des cadres. Est-ce qu’ils ont été difficile à obtenir ?

Les témoignages de familles ou des professionnels de terrain – puéricultrices, éducatrices de jeunes enfants ou directrices – sont relativement faciles à obtenir. Mais concernant les cadres, les commerciaux, les responsables du marketing ou les responsables financier de ces groupes privés, c’est beaucoup plus difficile. Ils sont moins nombreux et surtout moins identifiés. Mais c’est par eux que l’on pouvait avoir accès aux injonctions de ces grands groupes et comprendre la manière dont ils sont gérés. Certains ont accepté de parler parce qu’ils n’étaient pas en accord avec les pratiques de ces entreprises, mais d’autres ne sont pas particulièrement des repentis. Ils défendent les objectifs industriels et financiers du secteur.

Un autre livre-enquête sur les crèche – Babyzness (Robert Laffont) – est paru en même temps que le Prix du berceau. Étiez-vous en concurrence ?

Avec Daphné Gastaldi, on a appris qu’une autre équipe de journalistes travaillait sur le sujet en cours de route. On se demande alors si on passe à côté de quelque chose, si elles ont une lecture divergente de la situation. Bien qu’elles aient une approche et des histoires différentes, leur constat est très proche du nôtre. Ce qui consolide notre travail. Surtout, le fait que deux ouvrages sortent en même temps sur les crèches a inscrit le sujet à l’agenda médiatique et politique.

Propos recueillis par Jean-François Poupelin


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