50 ans de féminisme

Des noms de rue en hommage aux femmes

Alors qu’une esplanade sera rebaptisée Gisèle Halimi, à peine 2% des rues portent le nom de femmes à Marseille.

Publié le 15 Fév 2024

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Dernière mise à jour le  16 Fév 2024  à  18h51.

Action de collage dans les années 1990, à Marseille. Crédit : Collectif des Ladies Pirates
Action de collage dans les années 1990, à Marseille. Crédit : Collectif des Ladies Pirates

Les voies publiques marseillaises se féminisent peu à peu. Ce vendredi 16 février, il a été acté lors du conseil municipal que la résistante Marcelle Bidault, la peintre et poétesse féministe Yvonne Ripa de Rovedero, la première femme maître-nageur à Marseille Francine Rossi Fancello, honoreront le nom de rues alors que Gilberte Serafin donne son nom à un jardin.

Annoncé en début de semaine, l’esplanade du J4 sera rebaptisée en hommage à Gisèle Halimi. L’avocate et militante féministe est connue pour ses engagements au niveau national mais son combat trouve son point d’ancrage à Marseille.

En 1978, le procès de Morgiou, jugeant le viol de deux touristes belges, Anne Tonglet et Araceli Castellano dans une calanque près de Marseille fait date, qualifié de « procès du viol ». L’avocate des deux victimes, Gisèle Halimi réussit pour la première fois à faire reconnaître le viol, non pas comme un simple délit, mais comme un crime. Un moment clef pour l’histoire du féminisme.

Dans notre enquête sur scène « 50 ans de féminisme – Ces Marseillaises qui ont repris la rue », Sophie Roques, l’adjointe au maire en charge de l’état civil, affirmait la volonté de la municipalité de mettre à l’honneur les femmes qui ont marqué l’histoire Marseille et de la France.

En effet, selon le Plan d’action 2023-2026 – Égalité des hommes et des femmes dans la vie locale , adopté en conseil municipal l’année dernière, 15 noms de personnalités féminines ont été attribués à des voies et lieux publiques depuis 2020.

1,9 % de noms de femme seulement

En 2022, Benoît Payan affirmait que la Ville s’engageait à « attribuer des noms de femmes à au moins 50% de tous les bâtiments municipaux en cours de construction ou prochainement inaugurés ainsi qu’aux rues nouvellement nommées ». Un chiffre qui semble ambitieux : aujourd’hui, environ 2% des rues portent le nom d’une femme à Marseille d’après cette carte interactive portée par le projet les sans pagEs Méditerranée. En 2020, la métropole Aix-Marseille-Provence comptait 86% de noms d’hommes pour 14% de noms de femmes sur l’ensemble des rues en hommage à des personnalités, selon le rapport « La ville & le genre » de l’Agence d’urbanisme de l’agglomération Marseillaise.

Comme l’ont évoqué certain.es témoins lors de notre enquête, depuis plusieurs décennies des habitant.es se battent pour que les noms de rues soient féminisés à Marseille. La nuit du 7 au 8 mars 1996, le groupe des Ladies Pirates collait des fausses plaques portant des noms de femmes dans le centre-ville de Marseille. Une pratique qui a donné ensuite l’idée à d’autres groupes féministes, comme celui de Cadenet ou encore le collectif 2% en 2022.

Représenter toutes les femmes

Depuis plusieurs années déjà, certaines associations marseillaises réclament davantage de diversité dans le choix des figures publiques qui sont proposées. En 2021, le comité scientifique « Portraits de France », chargé par Emmanuel Macron d’aider les élus à renouveler les noms de rues ou de bâtiments publics, publiait une liste de plus de 300 personnalités « issues de la diversité ». Là encore, les femmes sont sous-représentées avec seulement 67 noms contre 318 noms d’hommes.

Parmi ces dernières, très peu rendent compte de l’histoire coloniale de la ville. À Marseille pourtant, on compte de nombreuses militantes héritières de l’immigration. En 2019, le Comité Mam’Ega avait milité pour que des rues de la ville soient baptisées Françoise Ega, écrivaine, militante martiniquaise et figure historique du quartier du Grand Saint-Barthélémy, ou encore d’Odette Taragonnet, militante d’origine arménienne qui a joué un rôle important au sein de l’association de défense des locataires de Saint-Barthélemy III.

Margaux Mazellier


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