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Avec BFM TV, Rodolphe Saadé se crée un empire médiatique

En rachetant le groupe Altice Médias, la CMA CGM va devenir un des principaux groupes médias français et le premier concurrent de Vincent Bolloré. Les journalistes de BFM et RMC réagissent.

20 Mar 2024
Le patron de la CMA CGM, Rodolphe Saadé, a tenté de rassurer les journalistes de BFM TV. Crédit: P.GHERDOUSSI
Le patron de la CMA CGM, Rodolphe Saadé, a tenté de rassurer les journalistes de BFM TV. Crédit: P.GHERDOUSSI

La Provence, Corse Matin, La Tribune, La Tribune Dimanche, 10 % de M6, une participation dans Brut et bientôt BFM-TV, RMC et leurs satellites… En signant le 15 mars une promesse d’achat d’Altice Médias, Rodolphe Saadé, le PDG de la CMA CGM, aura créé, en moins de deux ans, un des principaux empires médiatiques français. Payée au prix fort – 1,55 milliard d’euros cash soit la moitié des bénéfices 2023 de la multinationale -, l’acquisition va offrir au milliardaire franco-libanais, cinquième fortune française selon Challenge, un formidable outil d’influence.

En reprenant la première chaîne d’information en continu et la troisième radio nationale, le patron du troisième armateur mondial se positionne aussi en principal concurrent d’un autre milliardaire, Vincent Bolloré, propriétaire des très réactionnaires CNews, Europe 1 et Le Journal du dimanche. Réputé proche d’Emmanuel Macron, Rodolphe Saadé est lui classé au centre droit, progressiste et libéral dans tous les sens du terme.

Une concurrence que le PDG de la CMA CGM a balayé à moitié en Comité social et économique extraordinaire, le mardi 19 mars. « Rodolphe Saadé nous a dit qu’il regarde tous les concurrents, qu’il veut être numéro 1. Mais il nous a aussi expliqué vouloir que les citoyens aient de la bonne info, sous-entendant quand même que dans les médias Bolloré, ça n’est pas le cas », note François Pitrel, journaliste sur BFM-TV et membre de la société des journalistes. 

Promesses sur l’emploi

Le CSE extraordinaire a aussi été l’occasion pour Rodolphe Saadé de rassurer, un peu, les élus d’Altice Médias. En particulier sur l’emploi. « C’est dur de se faire une idée en si peu de temps, estime Lionel Dian, journaliste sportif sur RMC et élu CFDT au CSE. Mais il nous a expliqué qu’il n’est pas attaché à un ou deux points de rentabilité supplémentaire. Ce qu’on avait connu avec la précédente équipe, qui avait lancé un plan de départ volontaire un an après son arrivée. » « Rodolphe Saadé a été rassurant, poursuit François Pitrel. Il nous a annoncé être là pour créer un groupe. Il veut des finances viables et que l’on travaille dans de bonnes conditions. Il veut aussi garder les gens. Il a expliqué que les départs pour clause de conscience se feront donc au minimum légal. »

Les deux élus ne craignent donc pas de se retrouver dans la situation de La Provence, achetée également au prix fort à l’automne 2022 et avec de nombreuses promesses, notamment en matière d’emplois et de rémunérations. Un an et demi plus tard, 60 postes sont en passe d’être supprimés (10 % des effectifs), dont 30 de journalistes ; une locale va être fermée et les promesses de hausse des salaires n’ont pas été tenues. Pour ces journalistes, les deux groupes sont dans des situations opposées : alors que La Provence est en déficit, Altice médias fait des bénéfices. En 2022, le groupe a ainsi réalisé 351 millions d’euros de chiffre d’affaires, pour 109 millions de résultat brut d’exploitation. « Altice Médias est le groupe le plus rentable du marché des médias », assure Lionel Dian.

Ce n’est pas obligatoirement un garde-fou. Malgré ses bénéfices extraordinaires ces dernières années, l’ambiance au siège du troisième armateur mondial n’est pas toujours au beau fixe, comme nous l’avons raconté dans notre enquête “A Marseille, “tour infernale” de la CMA CGM”. Pour preuve : alors que son année 2023 a encore été largement bénéficiaire – 3,5 milliards d’euros de bénéfice net, le double de 2020 – Rodolphe Saadé a encore annoncé du sang et des larmes à ses troupes pour 2024 : faire plus avec moins. Les embauches ont été gelées, des économies sont demandées à tous les services, faisant craindre des départs. 

Jean-François Poupelin


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