Environnement

Le mirage de 10% du territoire en « protection forte »

Le gouvernement communique régulièrement sur sa volonté d’accroître les aires protégées françaises. Les organisations dénoncent un manque de courage.

Publié le 28 Mar 2024

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Dernière mise à jour le  28 Mar 2024  à  17h45.

Vercors, février 2024. Crédit : Jean-Baptiste Mouttet
Vercors, février 2024. Crédit : Jean-Baptiste Mouttet

C’est un serpent de mer pour Emmanuel Macron : la promesse de placer 10% du territoire national en « protection forte». « L’effondrement de la biodiversité menace notre capacité à nous nourrir, notre économie ou encore notre santé », alertait alors Élisabeth Borne, lors de la présentation de la nouvelle « Stratégie nationale Biodiversité » le 27 novembre 2023.

Elle reconnaissait que le gouvernement devait « aller plus loin ». Pourtant, l’idée n’est pas nouvelle. « D’ici à 2022, nous porterons à 30 % la part de nos aires marines et terrestres protégées, dont un tiers d’aires protégées en pleine naturalité », promettait Emmanuel Macron, en mai 2019. Sa déclaration faisait suite à la publication d’un rapport alarmant de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les systèmes écosystémiques annonçant la disparition d’un million d’espèces animales et végétales à brève échéance. Depuis, l’expression « pleine naturalité » a été remplacée par « protection forte ». L’échéance a été repoussée à 2030. Aujourd’hui, seulement un peu plus de 4% de l’espace maritime et terrestre est placé sous protection forte.

Fait notable : l’objectif des 30% d’aires protégées a été dépassé dès 2022 pour atteindre 33%. L’extension de la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises qui porte désormais sa surface totale à 1 662 000 km², a grandement joué à franchir le seuil. 

Un manque d’ambition

Les organisations de défense de l’environnement dénoncent une définition pas suffisamment restrictive. « Les activités humaines susceptibles de compromettre la conservation des enjeux écologiques sont absentes, évitées, supprimées ou fortement limitées » mais pas interdites dans ces zones, comme indiqué dans le décret du 12 avril 2022. « Une coquille vide », selon l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) qui défend la libre évolution sur 10% du territoire français comme vu lors de notre enquête sur scène « Écolos cherchent forêts à acheter ». « Une zone en protection forte doit strictement et au minimum interdire la chasse, la pêche, la coupe de bois, la cueillette, le pastoralisme et les engins à moteur », soutient l’Aspas. Swann Bommier, directeur du plaidoyer de l’association Bloom qui œuvre pour la conservation marine rappelle que, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), une aire ne peut être  « protégée » si des activités industrielles comme la pêche y sont menées.

« La protection forte concerne surtout les eaux australes ou encore la Nouvelle-Calédonie mais sur le territoire métropolitain on en est encore loin », regrette Swann Bommier. Pour eux, le gouvernement n’a pas la volonté de s’opposer aux lobbies de la pêche. En octobre 2022, l’association a engagé un recours devant le Conseil d’État pour abroger le décret gouvernemental sur la protection forte.

Jean-Baptiste Mouttet


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