Trafic de drogue

Laetitia Linon, dévouée aux proches de victimes d’homicides

Après avoir perdu son neveu à cause du trafic de drogue, Laetitia est devenue une porte-parole des familles de victimes à Marseille.

5 Jan 2023
Laetitia Linon, Marseille. Crédit : DR
Laetitia Linon, Marseille. Crédit : DR
Les guerres entre les bandes du narcotrafic ne cessent d’ensanglanter la ville de Marseille. Quarante-neuf personnes ont été tuées en 2023 dont quatre victimes collatérales. Alors que le président Emmanuel Macron était de passage dans la ville le 19 mars pour communiquer sur les opérations anti-drogue « Place nette XXL », des proches des victimes luttent toujours pour une meilleure reconnaissance. Nous avons décidé de republier le portrait de Laetitia Linon, devenue une figure emblématique de ce combat, ce 26 mars 2024.

Il suffit d’un prénom, Rayanne, pour que le sourire s’efface, que la voix tremble, que les yeux couleur bleu sombre, presque noirs, vous transpercent. La colère l’envahit, comme toujours, depuis plus d’un an. Laetitia Linon tente de se contenir, mais comme elle aime le faire remarquer : elle est franche. « La colère, elle est là et il faut tenir », dit-elle.

Le 18 août 2021,« tout a changé ». Son neveu Rayanne est tué par des rafales de balles à la hauteur d’un point de deal dans les quartiers nord de Marseille. L’affaire est alors médiatisée. Rayanne n’était âgé que de 14 ans. La femme de ménage est immédiatement placée sous les feux des projecteurs. À elle de répondre aux sollicitations des télévisions, de la radio, de la presse. La mère de Rayanne, sa sœur « n’acceptait pas la mort de son fils, elle avait peur de dire n’importe quoi ». Alors Laetitia, 41 ans, est devenue la porte-parole de sa famille, puis, finalement, la voix des proches des tués par le narcobanditisme. 

Elle a rejoint le collectif des familles de l’association Alehan qui réunit des personnes dans la même situation qu’elle. Sur les plateaux télé, elle défend inlassablement l’innocence de son neveu, réclame justice et appelle à reconnaître les proches des personnes assassinées comme victimes.
 

« Je ne veux pas que des familles vivent ce que nous avons vécu »

Elle a passé la veille de Noël dans un couloir d’un HLM Méditerranée dans le 14e arrondissement de Marseille pour apporter son soutien à la famille de Adel Santana Mendy, jeune footballeur tué par balle à l’âge de 22 ans. Elle voulait être présente même si elle n’a pas rencontré les parents d’Adel. « Je continuerai. Je ne veux pas que des familles vivent ce que nous avons vécu. Je suis là pour dire : j’ai vécu ce que vous avez vécu. On est là avec vous, sache que tu peux avoir une aide psychologique, judiciaire ».

Laetitia ne parvient pas à s’échapper. Elle est happée par son combat. « Involontairement, je mets mes enfants de côté », glisse-t-elle. Sa fille de 12 ans n’est pas au courant des détails du combat de sa mère « pour pas que sa vie soit entourée de morts ». Le mois dernier, à cause de ses absences, son salaire a été amputé de 500 euros. 

Elle s’intéresse à des sujets dont elle n’avait « rien à faire avant le drame » : la politique, la justice. Aujourd’hui, elle est prête à accepter la légalisation du cannabis: « Deux ans en arrière, j’aurais dit « non », mais cela peut être un moyen pour mettre fin aux cartels ». 

Au sein du collectif, elle a trouvé des amis qui « parlent le même langage. Il n’y a pas de « peuchère ». Je n’ai pas envie de voir la pitié dans le regard des autres. » Elle se reprend : « Mais je comprends que des gens aient ce regard-là. Je ne le condamne pas ».  

Laetitia Linon a témoigné lors de l’enquête sur scène «Trafic de drogues: les proches des victimes dans l’oubli» du 14 décembre.

Jean-Baptiste Mouttet


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