Santé

Marion Mornet : « On continuera à se battre pour que l’IVG soit accessible partout »

Alors que l’inscription de l’IVG dans la Constitution doit être votée par le Sénat puis le Congrès, Marion Mornet raconte ses combats au Planning familial 13.

20 Fév 2024
Marion Mornet, coordinatrice de projets au Planning familial des Bouches-du-Rhône. Marseille, février 2024. Crédit : D. Gastaldi. Graphisme: E. de Crécy
Marion Mornet, coordinatrice de projets au Planning familial des Bouches-du-Rhône. Marseille, février 2024. Crédit : D. Gastaldi. Graphisme: E. de Crécy

Quand on pousse la porte du 106 boulevard National, un collage noir et rouge vous saute aux yeux : « 53% des personnes VIH sont des femmes » est inscrit en grosses lettres sur un container vert dans la cour.  Un dossier sous le bras, des grosses boucles aux oreilles, Marion Mornet nous reçoit dans les bureaux du Planning familial à Marseille.  « On prépare des collages pour la journée du 8 mars, pour visibiliser les femmes dans cette épidémie, et les femmes migrantes qui sont la deuxième population la plus touchée en France », explique-t-elle, en s’appuyant sur des données de l’ONUSIDA. Marion Mornet se bat pour les droits des femmes depuis ses 18 ans. « Je suis tombée dans la marmite », sourit-elle. Déjà à la fac, « on jouait « Les Monologues du vagin » avec une petite bande et on animait des discussions sur la sexualité », se souvient la conseillère.

Si Marion Mornet arrête ses études rapidement, elle sera formée par le Planning familial. Elle crée même une antenne dans les Hautes-Alpes avec des amies en 2013. À 34 ans, salariée depuis dix ans de la structure, elle coordonne le réseau « Genre, écoute, sexualités » et le Numéro Vert dans la région.

Un tiers des femmes

Les appels reçus concernent des questions sur l’IVG à 46%. En 2022, le nombre d’IVG a atteint le plus haut niveau depuis 1990. Ces derniers mois, l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution est au cœur du débat, depuis que la Cour suprême aux États-Unis a annulé l’arrêt Roe vs Wade qui donnait le droit d’avorter à leurs citoyennes, en juin 2022. 

En France, le Sénat puis le Congrès doivent encore valider le texte pour sanctuariser cette liberté, après le vote positif de l’Assemblée nationale, le 30 janvier. « Ça va dans le bon sens pour garantir ce droit. Mais c’est un texte de compromis, tempère Marion Mornet, en reprenant le plaidoyer du Planning familial. On aurait aimé une formulation plus inclusive. On continuera à se battre pour que l’IVG soit accessible partout sur le territoire, dans les déserts médicaux, en zone rurale ou montagneuse, pour les étrangers en situation irrégulière ou les mineurs ». 78% des avortements se font par méthode médicamenteuse en 2022, contre 31% en 2000, selon les données de la DREES

« Il faut rester vigilant », souligne-t-elle. « En Italie, la loi est là mais l’application est catastrophique, rappelle Marion. Des Italiennes viennent dans les Alpes Maritimes pour avorter, à cause de médecins qui ne veulent pas faire d’IVG et invoquent leur clause de conscience ». Elle rappelle ce chiffre :  un tiers des femmes ont recours à l’IVG au moins une fois dans leur vie, selon une étude de l’INED.

À Marseille, elle a œuvré pour proposer un accueil collectif  pour les personnes qui doivent avorter au Planning par voie médicamenteuse. « C’est très riche, il y a beaucoup de solidarité », explique-t-elle, en se souvenant d’un groupe qui a créé une chaîne de discussion sur Whatsapp après s’être rencontré. Une façon de « mettre en commun des vécus, de se sentir moins seule ».

Sex Education

Actuellement, le Planning subit des pressions sur ses interventions en milieu scolaire. « Les attaques les plus dures sont liées à nos activités d’éducation à la sexualité plus que sur l’IVG », remarque-t-elle, interloquée par ce qui est diffusé sur les réseaux sociaux ou dans les sphères complotistes. « Il faut expliquer notre mission et rester visible, répondre aux médias », souligne-t-elle, comme seule arme de contre-attaque.

Sur le sujet, elle ne cache pas une de ses références culturelles : « Je suis une grande fan de Sex Education ! C’est une série que j’aurais adoré regarder ado » , s’exclame-t-elle, dans un éclat de rire. Plus gravement, elle confie avoir été victime de lesbophobie et de discrimination dans ses premiers boulots. « Quand je repense à mes années lycée, on n’avait pas de modèle, pas de références sur des questions LGBT par exemple. Aujourd’hui, il y en a plus et ça permet à plein de jeunes de pouvoir s’assumer, de se découvrir, de moins se cacher et d’être plus libres»

Marion Mornet veut rester optimiste sur l’époque : « Il y a beaucoup de choses qui ne vont pas  dans le bon sens pour nos droits fondamentaux mais il y a une parole qui se libère sur les questions de genre, sur l’inceste ou sur les violences sexuelles ». Les dernières avancées sur la prise en charge de la contraception d’urgence ou pour la contraception gratuite pour les moins de 26 ans sont déjà une bataille gagnée. Même s’il faut « continuer à se battre ».

Daphné Gastaldi


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